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mardi 20 juillet 2010

Le tabac de Philip Morris produit par des enfants

Le géant du tabac Philip Morris, qui produit des cigarettes de marque Marlboro ou Chesterfield dans plus de 150 pays, achète chaque année plus de 1.500 tonnes de tabac en provenance des fermes des états d’Asie Centrale, notamment du Kazakhstan. Les conditions de travail des ouvriers y seraient plus que précaires. The Independent fait état d’un rapport de l’ONG Human Rights Watch accablant pour la firme. Devant l'évidence, Philip Morris a été contraint d'admettre que des enfants travaillaient effectivement dans ces fermes. D'après le rapport, les conditions de travail «s’apparentent à du travail forcé»

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=WO-HsllEED4[/youtube]


Beaucoup de travailleurs migrants venus des pays frontaliers voient leur passeports confisqués ou leurs heures supplémentaires non rémunérées. Mais le rapport est plus accablant encore concernant le travail des enfants. 72 enfants, dont certains âgés de 10 ans, travailleraient dans ces fermes, s'exposant à de graves dangers pour leur santé.

Car travailler dans une ferme à tabac, c’est être confronté à une quantité de nicotine équivalente à celle inhalée par un fumeur qui consommerait 36 cigarettes par jour. On comprend alors pourquoi certains sont atteints de la «maladie du tabac vert» qu'ils contractent quand la nicotine est absorbée par la peau. Plus fragiles en raison de leur petite taille, les enfants sont alors sujets à des nausées ou des vomissements.

Mais l'entreprise joue les bons élèves. Exprimant sa reconnaissance envers le travail fourni par Human Rights Watch, elle a également répété son opposition «au travail des enfants et à toutes les autres formes d’abus». Depuis les premières accusations formulées par l’ONG  en octobre 2010, le conglomérat s’est rapproché des ONG sur place et a engagé le dialogue avec le gouvernement local.

Si Human Rights Watch reconnaît les efforts de Philip Morris, elle précise tout de même que l'entreprise doit aller plus loin:

«On a poursuivi nos recherches et il apparaît clairement qu’ils n’ont pas encore mis en application toutes leurs promesses».


Source: slate.fr





samedi 12 juin 2010

Des associations portent plainte contre la CIA pour des "expérimentations humaines"



Huit organisations américaines ont porté plainte contre la CIA, jeudi 10 juin. Selon elles, les médecins qui assistaient aux interrogatoires de suspects de terrorisme pratiquaient des "expérimentations" médicales sur les détenus.

Les huit organisations, dont Physician for Human Rights, qui a publié lundi un rapport mettant en lumière ces pratiques, Amnesty International, le Center for Victims of Torture ou encore Human Rights Watch, ont déposé une plainte officielle devant le Bureau des protections contre les expérimentations humaines (OHRP).

Cet organisme fédéral est chargé d'évaluer le respect des règles d'éthique dans les recherches médicales sur des personnes, financées par des fonds publics. "L'OHRP devrait déclencher immédiatement une enquête officielle sur les expérimentations pratiquées par la CIA sur les détenus", écrivent les organisations dans leur plainte.

Elles rappellent que des "preuves" existent que les médecins de la CIA récupéraient des données au cours des interrogatoires dits "améliorés" des prisonniers considérés comme de "haute importance" afin d'affiner ces techniques ou de les pratiquer simultanément. Parmi ces techniques, la privation de sommeil, le ligotage dans des positions inconfortables, ou l'exposition à des températures extrêmes.

Dans le même ordre d'idée selon les organisations, les médecins "réunissaient des données sur les détenus soumis à la simulation de noyade afin de développer de nouvelles méthodes et procédures". "La CIA ne se conformait apparemment pas aux règles d'éthique prévoyant que toute personne se prêtant à une recherche médicale doit être consentante et pouvoir arrêter sa participation à tout moment", écrivent-elles.

Source: lemonde.fr

lundi 10 mai 2010

États-Unis: la vie dangereuse des enfants ouvriers agricoles

Les États-Unis ne parviennent pas à protéger les centaines de milliers d’enfants engagés dans des travaux agricoles épuisants et parfois dangereux, a affirmé Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Human Rights Watch a appelé le Congrès à modifier la loi fédérale permettant aux enfants de moins de 18 ans de travailler dans l’agriculture à un âge bien plus précoce, durant de bien plus longues heures et dans des conditions beaucoup plus dangereuses que dans n’importe quel secteur industriel aux États-Unis.

Dans son rapport de 99 pages, « Fields of Peril : Child Labor in US Agriculture » (« Champs dangereux : Le travail des enfants dans l’agriculture aux États-Unis »), Human Rights Watch a constaté que les enfants ouvriers agricoles risquaient leur sécurité, leur santé et leur éducation dans des exploitations agricoles à travers les États-Unis. Pour ce rapport, Human Rights Watch a interrogé 59 enfants âgés de moins de 18 ans qui ont travaillé comme ouvriers agricoles dans 14 États dans plusieurs régions des États-Unis.

« S’agissant des enfants ouvriers agricoles, les États-Unis sont un pays en voie de développement », a déclaré Zama Coursen-Neff, auteure du rapport et directrice adjointe de la division Droits de l’enfant à Human Rights Watch. « Les enfants qui récoltent la nourriture de l’Amérique devraient au moins bénéficier des mêmes protections que ceux qui la servent. »

Des enfants ouvriers agricoles n’ayant pas plus de 12 ans travaillent souvent 10 heures par jour ou même plus, de cinq à sept jours par semaine, a constaté Human Rights Watch. Certains commencent à travailler à temps partiel à l’âge de 6 ou 7 ans. Les enfants, comme beaucoup d’ouvriers agricoles adultes, gagnent généralement beaucoup moins que le salaire minimum, et leur salaire est souvent encore diminué parce que les employeurs ne tiennent pas compte de toutes les heures et les obligent à dépenser leur propre argent pour des outils, des gants, et de l’eau potable que leurs employeurs devraient leur fournir selon la loi.

L’agriculture est le travail le plus dangereux pratiqué par les enfants aux États-Unis, selon l’Institut national pour la sécurité et la santé au travail (National Institute for Occupational Safety and Health, NIOSH), affilié au Centre de contrôle des maladies (Centers for Disease Control, CDC). Les enfants risquent l’intoxication par les pesticides, des blessures graves et l’insolation. Ils sont victimes d’accidents mortels quatre fois plus souvent que les enfants occupant des emplois dans d’autres secteurs. Certains travaillent même sans l’équipement de protection de base, notamment des chaussures ou des gants. Plusieurs ont déclaré à Human Rights Watch que leurs employeurs ne leur fournissaient pas d’eau potable, d’installations pour se laver les mains ni de toilettes. Les filles et les femmes occupant ces emplois sont extrêmement vulnérables aux abus sexuels.

Comme conséquence de leurs longues heures de travail, le pourcentage d’enfants employés dans le secteur agricole qui abandonnent l’école est quatre fois plus élevé que la moyenne nationale. Human Rights Watch a interrogé de nombreux enfants qui avaient pris du retard à l’école une ou plusieurs fois et qui ont indiqué qu’aucun membre de leur famille n’avait obtenu son diplôme d’études secondaires.

Human Rights Watch a appelé le Congrès américain à modifier la loi régissant le travail des enfants – le Fair Labor Standards Act (Loi sur les normes du travail équitable, FLSA) – afin de mettre un terme à la discrimination contre les enfants ouvriers agricoles. Dans d’autres professions, la loi interdit l’emploi des enfants de moins de 14 ans, et limite la durée de travail pour les enfants de moins de 16 ans à trois heures par jour en période scolaire. Dans le secteur agricole, cependant, les enfants peuvent travailler dans n’importe quelle ferme à l’âge de 12 ans, et à tout âge dans une petite ferme. Contrairement à d’autres emplois, la loi ne fixe aucune limite quant au début ou à la fin de la journée de travail, ni au nombre d’heures qu’un enfant peut travailler dans l’agriculture, tant qu’ils ne travaillent pas pendant les heures scolaires. En outre, la loi permet aux enfants de 16 et 17 ans de travailler en agriculture dans des conditions dangereuses ; dans toutes les autres professions, l’âge minimum pour les travaux dangereux est de 18 ans.

« La loi actuelle sur le travail des enfants a été rédigée dans les années 30 quand un nombre beaucoup plus élevé d’enfants travaillaient dans des fermes familiales, mais cette époque est révolue », a déclaré Zama Coursen-Neff. « Il est temps que les États-Unis mettent à jour leurs lois désuètes sur le travail des enfants pour donner à ceux d’entre eux qui travaillent dans l’agriculture la même protection qu’à tous les autres enfants travailleurs. »

En septembre 2009, Lucille Roybal-Allard, députée de Californie, a introduit à la Chambre des représentants une proposition de loi intitulée Children’s Act for Responsible Employment (HR 3564). Ce projet de loi est soutenu par plus de 80 députés, et a été approuvée par plus de 80 organisations, notamment l’AFL-CIO (regroupement syndical), l’American Federation of Teachers (Fédération américaine des enseignants), la NAACP (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), et les United Farm Workers of America (Ouvriers agricoles unis d’Amérique). Cependant, cette loi n’a toujours pas été votée.

Même les lois insuffisantes actuellement en vigueur sont mal appliquées. L’application des lois du travail des enfants en général par le Département américain du travail a diminué de façon spectaculaire entre 2001 et 2009. Le Département américain du travail n’a relevé que 36 cas de violation du travail des enfants en agriculture en 2009, soit seulement 4 pour cent de toutes les violations du travail des enfants. Les règles de sécurité sur les pesticides de l’Agence américaine de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency, EPA) ne prévoient aucune mesure particulière pour les enfants.

L’application laxiste des lois est exacerbée par les craintes des travailleurs de signaler les infractions aux autorités. Quelque 85 pour cent des ouvriers agricoles aux États-Unis sont d’origine hispanique. Alors que de nombreux enfants ouvriers agricoles sont des citoyens américains, leurs parents peuvent être en situation irrégulière ou détenir un visa agricole à court terme, ce qui laisse toute la famille dans la crainte de l’expulsion. Les normes du travail et leur application concernent tous les travailleurs, indépendamment de leur statut d’immigration.

Human Rights Watch a appelé le Département du Travail américain à accroître sensiblement ses efforts pour identifier et sanctionner l’utilisation illégale du travail des enfants. Tous les États devraient établir ou relever à au moins 14 ans l’âge minimum pour le travail agricole, a déclaré Human Rights Watch.

Le travail des enfants dans les fermes américaines viole également les obligations légales internationales des États-Unis au regard de la Convention sur les pires formes de travail des enfants de l’Organisation internationale du Travail (OIT). En mars, le Comité d’experts de l’OIT a exprimé de sérieuses préoccupations concernant le nombre important de blessures et de décès subis par les enfants dans l’agriculture aux États-Unis, et les exemptions de la loi américaine qui permettent aux jeunes enfants de travailler. Le comité a invité les États-Unis à prendre des mesures immédiates pour se conformer à leurs obligations au regard de la Convention.

Le 10 mai 2010, les États-Unis se joindront à plus de 80 autres pays lors d’une conférence mondiale sur le travail des enfants organisée par le gouvernement néerlandais à La Haye. L’un des objectifs de cette conférence est une meilleure application de la Convention sur les pires formes de travail des enfants, en mettant l’accent sur l’agriculture.

« Les États-Unis dépensent plus de 25 millions de dollars par an – plus que tous les autres pays réunis – pour éliminer le travail des enfants à l’étranger, mais tolèrent l’exploitation des enfants sur leur propre sol », a conclu Zama Coursen-Neff.

Paroles d’enfants, de parents et de fermiers :

« Je n’ai pas vraiment eu d’enfance, et je ne veux pas que [mes propres enfants] passent par où j’ai passé. Vous n’êtes un enfant qu’une seule fois. Une fois que vous grandissez vous devez travailler. »

Un garçon de 17 ans qui avait coupé des arbres de Noël, cueilli des tomates et travaillé dans d’autre cultures depuis l’âge de 12 ans en Caroline du Nord

« [Quand j’avais 12 ans] ils m’ont donné mon premier couteau. Semaine après semaine je me coupais. Chaque semaine j’avais une nouvelle cicatrice. Mes mains ont beaucoup à raconter. »

Un garçon de 17 ans qui a commencé à travailler à l’âge de 11 ans dans le Michigan

« Vous êtes mis au travail tous les jours ; vous pouvez à peine faire une pause sauf s’il pleut. Les enfants sont tellement contents [quand il commence à pleuvoir] qu’ils se mettent à hurler. »

Un garçon de 15 ans qui travaille dans le Michigan pendant l’été

« Ici il y a beaucoup de produits chimiques dans les champs. . . .Vous pouvez les sentir. [Récemment] l’avion a pulvérisé le coton. . . J’avais la tête qui tournait. J’ai couvert mon visage et j’ai continué à travailler. Personne ne nous a dit de sortir du champ. »

Un garçon de 18 ans qui avait travaillé de 8 à 9 ans dans le binage du coton au Texas aux côtés d’autres enfants

« Je ne me souviens pas de la dernière fois que je me suis inscrit à l’école à temps. . . .J’ai bien peur que cela ne me ralentisse dans mon éducation. . . . J’ai arrêté les mathématiques parce que j’étais un désastre. Je disais à mon professeur : ‘ Je ne sais même pas comment diviser et je vais passer en deuxième année’. Je vais d’un endroit à l’autre. Cela brouille les choses dans ma tête, et je ne peux pas suivre. »

Une fille de 15 ans faisant le binage du coton au Texas

« Mon fils, il a besoin de ses heures de récréation. Il ne peut pas travailler 30 heures par semaine. Il peut travailler trois à quatre heures quelques fois par semaine. . . . En tant qu’employeur, vous ne pouvez pas dire : ‘ Je vais embaucher des enfants de 13-14 ans’ Non ! Je ne suis pas de cet avis. »

Un exploitant agricole dont le fils de 12 ans travaille dans sa ferme au Michigan

« Je dis à ma fille : ‘Je suis désolé de t’avoir volé ton enfance’. »

Une mère dont la fille de 11 ans travaillait dans le binage du coton et s’occupait de ses deux jeunes frères

Human Right Watch

Source: comprendrelemonde.fr